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Les nouveaux partisans

Musique engagée

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Les nouveaux partisans






par Dominique Grange

Écoutez les nos voix Qui montent des usines, Nos voix de prolétaires Qui disent y en a marre. Marre de se lever Tous les jours à cinq heures Pour prendre un car, un train Parqués comme du bétail. Marre de la machine, Qui nous saoule la tête. Marre des cheffaillons, Du chrono qui nous crève. Marre de la vie d’esclave, De la vie de misère. Écoutez les nos voix, Elles annoncent la guerre !

Nous sommes les nouveaux partisans, Francs-tireurs de la guerre de classe ! Le camp du peuple est notre camp, Nous sommes les nouveaux partisans !

Regardez l’exploité Quand il rentre le soir Et regardez les femmes Qui triment toute leur vie Vous qui bavez sur nous Qui dites qu’on s’embourgeoise. Descendez dans la mine A six-cent mètres de fond, C’est pas sur vos tapis Qu’on meurt de silicose. Vous comptez vos profits, On compte nos mutilés. Regardez-nous vieillir Au rythme des cadences, Patrons regardez-nous, C’est la guerre qui commence !

Dominique Grange, toujours rebelle

Dominique Grange est une chanteuse engagée, militante à la CNT. Son chant le plus connu reste « Les Nouveaux Partisans », écrit en 1969, date à laquelle Dominique Grange entre dans la Gauche prolétarienne - une organisation maoïste. En 1971, la chanteuse est incarcérée pour rébellion, outrage, coups et blessure à représentants de la force publique. Une année plus tard, son organisation est dissoute et entre en clandestinité. L’année dernière, Dominique Grange est remontée sur scène, sans avoir perdu aucune de ses convictions.

Tes chansons sont des critiques de cette société. À une certaine époque on parlait de chanteurs engagés. Te définis-tu comme une chanteuse engagée, et engagée dans quoi ? Dominique Grange - Je dis souvent que je suis engagée à perpétuité. Cela date de ce basculement qu’a été Mai 68. Je considère que mes chansons sont des armes dont on peut se servir pour soutenir des luttes, pour en parler, pour exprimer le ressenti, le vécu des gens qui ne peuvent pas s’exprimer.

Quelle est la place de ce style de chansons aujourd’hui ? D. Grange - Il y trente ans, mes chansons étaient interdites. Aujourd’hui, je peux enregistrer, mais je ne passe pas à la radio. Même pas sur France Inter, alors qu’à une époque, il y avait une place pour une chanson qui véhiculait des idées de revendications. Certes, il y a des artistes engagés qui sont dans le show-biz comme Noir Désir, Manu Chao, Lavilliers, mais finalement il y en a très peu. Je pense aussi à Louis Chedid, qui a fait « le cha-cha de l ’insécurité ».

Pour que vous puissiez travailler, ne faudrait-il pas créer des collectifs et des réseaux, notamment avec les comités d’entreprises ? D. Grange - C’est ce qui c’était passé après 68. Moi, je suis rentrée dans le monde ouvrier avec ma guitare, parce que les comités de grève nous faisaient venir pour animer la lutte. Dans une usine de chariots élévateurs en Loire-Atlantique, nous avions fait avec les grévistes une chanson d’au moins 30 couplets ! Ça, les dirigeants des CE n’aiment pas beaucoup. Il y a aussi de ce côté-là une certaine censure, parce que nous avons un discours qui prône autre chose que la collaboration avec le patron ou la négociation réformiste.

Donc tu penses toujours, comme dans ta chanson Les Nouveaux Partisans, que les syndicats sont les gardes-chiourmes de la classe ouvrière ? D. Grange - Ça a changé. En 68, on a vu les bureaucraties syndicales à l’œuvre. Aujourd’ hui encore, dans des luttes comme Metaleurop ou Daewoo, les gens en ont pris plein la gueule ou ils ont tout perdu, et on a bien vu que les ouvriers étaient bien plus radicaux que les syndicats. Mais je ne veux pas généraliser, il y a aussi des syndicalistes qui voudraient changer les choses. Les Nouveaux Partisans, c’est marqué, et en même temps les gens me disent qu’elle n’a pas pris une ride, que c’est pareil aujourd’hui, même si les gens ne sont pas prêts à reprendre les armes comme c’est dit à la fin de la chanson.

Mais crois-tu quand même qu’il puisse y avoir un travail avec les comité d’ entreprise pour une entente entre les artistes et les ouvriers, comme il peut exister une entente entre les paysans et les ouvriers ? D. Grange - Je suis convaincue de ça. La CGT le faisait avec Travail et culture, avec des artistes comme Francesca Solleville, Jean Ferrat, Maurice Fanon, qui travaillaient aussi avec les CE. Il y des animateurs de CE qui essayent de relancer cela, comme chez Renault à Cléon ou à Guyancourt, mais il y a très peu de gens qui se déplacent. Il y a un travail de mobilisation et de conscientisation à faire. Il y a aussi les « tribus » : je travaille pas mal avec Serge Utgé-Royo, Bruno Larraqui, Marie-José Villard, etc. Nous sommes en coproduction dans une petite maison de disques, Édito Musiques. Serge vient de faire une semaine au XXe théâtre et, chaque soir, il avait invité des gens différents dans ses premières parties. C’est collectif, fraternel, mais on n’a pas des quantités de concerts. C’est vrai qu’on aurait besoin de l’appui de CE. En finançant les déplacements, nous pouvons faire des interventions de soutien gratuites, ça fait aussi partie de l’engagement…

Dans ton CD L’Utopie toujours, tu chantes une chanson de François Béranger. Lui, il reprend en version fanfare ta chanson Les Nouveaux Partisans. Pourquoi lui, et comment s’est faite cette rencontre ? D. Grange - Béranger, je l’ai rencontré quand j’étais dans la clandestinité en 72. Il m’a hébergée avec sa famille pendant plus d’un an. Il adorait Les Nouveaux Partisans. Un jour, il m’a dit : « Puisque toi tu ne peux pas chanter en ce moment, je vais l’enregistrer, puis je vais la proposer à ma maison de disques. » Cette version genre fanfare de mineurs du Nord, j’ai trouvé ça très, très beau. Alors après sa mort, j’ai demandé à ses enfants s’ils étaient OK pour que je la mette sur mon CD. Béranger, il faut que ses chansons continuent de vivre. C’est pour ça que j’ai enregistré « le vieux ».

S’il n’a pas retourné sa veste, certains, comme Serge July et d’autres, sont passés du col mao au costume trois pièces. Qu’en penses-tu ? D. Grange - Je ne parle jamais de ces personnes en les nommant, c’est pas intéressant. July, c’est le plus épinglé, mais d’autres sont chefs d’entreprise, au Medef, écrivains… Ils ont cette tendance à ridiculiser 68, à dire que ça a été un petit mouvement libertaire, d’émancipation, une révolution sexuelle, ce genre de conneries. Ils renient le véritable souffle révolutionnaire qui a balayé la France, même s’il n’a pas duré très longtemps. C’est cette réalité qui sous-tend l’engagement des militants après. Y compris des autonomes ou d’Action directe. Ce sont des militants communistes révolutionnaires qui sont passés à des formes de luttes que nous n’avons pas suivies. L’assassinat politique était largement pratiqué en Italie, les Français se sont arrêtés au bord du gouffre.

Tu travailles sur un nouvel album ? D. Grange - J’ai enregistré récemment une chanson pour un CD de solidarité avec les militants d’Action directe, qui s’appelle Toujours rebelle, toujours debout. J’ai un autre disque qui s’ appelle Droit d’asile en soutien aux réfugiés italiens menacés d’ extradition. Et puis je prépare un album pour la rentrée, je n’ai pas encore assez de chansons, mais faisant beaucoup de choses, je ne trouve pas le temps d’écrire.



Article mis en ligne le 12 avril 2007 par Louis

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