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Première grève, premiers rêves chez Fontmarty

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Première grève, premiers rêves chez Fontmarty


Cette PME, où la CGT compte 80 adhérents sur 196 salariés, 
s’est mobilisée mardi dernier. Deux ans plus tôt, dans cette usine landaise de fabrication de porte, il n’y avait ni syndicat ni luttes.

Une oasis au milieu du désert syndical des Landes, au sud de la Gironde. Pour la toute première fois depuis sa création en 1964, l’entreprise Fonmarty s’est mise en grève mardi, lors de la journée de mobilisation contre la réforme des retraites. Deux heures de débrayage, suivies par 70% des 196 salariés. Cinq ans plus tôt, cette usine de confection de portes en pin était une entreprise familiale sans histoire, avec une direction d’un paternalisme irritant mais paisible, des ouvriers payés au smic complétant leur salaire avec de petits boulots, et des membres du comité d’entreprise nommés directement par le patron, faute de présence syndicale. Tout a changé en 2005, quand KKR, un fonds d’investissement américain, fait main basse sur Fonmarty. L’ancien PDG est débarqué manu militari, de nouveaux cadres, venus d’Hutchinson, de Danone ou de Valeo, entrent en fonction avec un management nouvelle génération.

Pour les ouvriers de la campagne, projetés d’un coup au XXIe siècle, le choc est rude. Soudain, il n’est plus question que de flux tendu, de gestion par objectif, d’accélération des cadences. "Sans compter l’usage de mots anglais plus ou moins incompréhensibles qui font que, parfois, on ne comprend même pas ce que raconte la direction", témoigne Philippe Petit. Après avoir vendu son bistrot lillois, ce cinquantenaire au passé militant s’est fait embaucher chez Fonmarty en 2004. Voyant les salariés chaque jour un peu plus étranglés, il adhère discrètement à la CGT. En décembre 2008, alors que la direction annonce qu’elle veut faire travailler le personnel le jour de Noël, Philippe Petit saute le pas et crée une section syndicale. "En quelques semaines, on a fait près de 80 adhésions, souligne-t-il. C’est dire s’il y avait une attente de la part des salariés." Aux élections professionnelles d’avril dernier, le syndicat fait une razzia, avec 86% des suffrages et un taux de participation de 99%.

Depuis, il n’y a pas encore eu de grosse lutte, mais un climat de tension permanente. "On s’oppose frontalement à la direction sur les brimades incessantes, les conditions de travail et les salaires", raconte Philippe Petit. Mais le pire, selon lui, c’est l’opacité de la stratégie de la direction. " On ne sait jamais ce qu’ils vont faire et les chiffres qu’ils nous donnent sont tous bidons", dénonce le cégétiste. Au moment de reprendre le site, KKR a annoncé qu’il s’agissait d’un rachat par LBO (leverage buy out), ce qui laisserait entendre que Fonmarty pourrait être bientôt revendu après une sévère restructuration. En attendant, le taux de rentabilité exigé est passé d’environ 5% à 15%, alors que, dans le même temps et malgré le management de combat instauré par la direction, la production s’est effondrée après la reprise, passant de 42000 à 25000 portes par semaine.

Pour les prochaines semaines, l’agenda des syndicalistes de Fonmarty est bien rempli. La CGT veut faire appel à un cabinet spécialisé pour faire expertiser les comptes de l’entreprise. Philippe Petit projette aussi la création d’une union locale à Bazas. "Mais on verra ça après la bagarre sur la retraite", explique le cégétiste, qui affirme que "les salariés de Fonmarty sont prêts à bouger", une nouvelle fois lors de la nouvelle journée de grève du 23 septembre.

Mehdi Fikri

Article paru dans l’Humanité du 09/09/10


Brève mise en ligne le 10 septembre 2010