"Si tu ne partages pas la lutte,
 tu partageras la défaite" (Bertolt Brecht)
Le site de la Section Syndicale CGT de l'Adapei Papillons Blancs d'Alsace
Quoi de neuf chez nous?

Plan du site Archives du site Abonnement RSS
Outils CGT Playliste Mentions légales
Défouloir Massacre SPIP
Espace privé
2408660 visiteurs depuis le 01/11/2004
Dernier article publié le mercredi 4 octobre 2017
Dernière brève publiée le mercredi 1er février 2017
Contacter votre
Contacter le
Site mieux vu avec FIREFOX
L’Humanité du 26 juin, entretien avec Thierry Lepaon : "La question de l’action est à l’ordre du jour"

L'actualité en 2542 brèves

brève précédente    brève suivante

L’Humanité du 26 juin, entretien avec Thierry Lepaon : "La question de l’action est à l’ordre du jour"


Entretien réalisé par Marion d’Allard et Yves Housson pour l’Humanité

Au lendemain de la conférence sociale, Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, fait le bilan et revient sur les questions de l’emploi, des salaires et des retraites. La CGT prépare une journée de manifestations début septembre.

Quel bilan tirez-vous de la deuxième conférence sociale organisée par le gouvernement, jeudi et vendredi dernier  ?

Thierry Lepaon. Avant même la conférence, la CGT avait beaucoup insisté, auprès de Jean-Marc Ayrault, Michel Sapin et de tous les ministres que nous avions rencontrés, pour que les deux préoccupations majeures des salariés, l’emploi et les salaires, puissent être mises sur la table. Il se trouve qu’en terme de réponse Marylise Lebranchu a annoncé, deux jours avant l’ouverture de la conférence, sa décision de geler le point d’indice des fonctionnaires pour la troisième année consécutive. Je me suis demandé si c’était une simple provocation ou si nous étions face à un signe fort adressé à l’ensemble des participants à la conférence sociale  : en clair, l’augmentation des salaires n’est pas à l’ordre du jour. Au final, je ne crois pas que ce soit une erreur de communication. Ce n’est pas un hasard si cette annonce intervient juste après celle de François Hollande disant qu’il n’y aurait pas de coup de pouce pour le Smic au 1er juillet. Et ça ne concerne pas que le public. Dans les groupes industriels, les patrons disent d’emblée qu’ils n’augmenteront pas les salaires en 2013 et 2014. Nous sommes donc bien face à une position gouvernementale dont le patronat se sert pour ne pas augmenter les salaires. En ce qui concerne l’emploi, lors de cette conférence, la seule porte ouverte pour en parler fut celle des emplois d’avenir et des contrats de génération. Pas de débat sur l’emploi industriel, ni sur les emplois de service, ni sur les filières d’avenir, contrairement à ce qui avait été annoncé. En résumé, deux des préoccupations principales des Français, l’emploi et les salaires, ont été écartées.

Sur l’emploi, le gouvernement a avancé la question des postes qui restent vacants faute de compétences chez les demandeurs…

Thierry Lepaon. Sur ce sujet, le MEDEF s’est lancé depuis des mois dans une vaste opération de communication. Il annonce le chiffre de 300000 emplois vacants, mais n’est pas en capacité de nous dire où ils sont. Pôle emploi avance d’ailleurs un chiffre moitié moindre  : il parle de 150000 postes non pourvus… immédiatement. Mais pourvus dans les trois mois. Et quand on demande à Pôle emploi de nous fournir le détail concernant les profils de postes à pourvoir, là non plus, pas de réponse. La CGT a fait une proposition, facilement réalisable. Notre pays étant structuré en zones industrielles et d’activités, il suffit de mettre les annonces de postes vacants sur les panneaux d’affichage de ces zones. Nous verrons bien, à ce moment-là, si tant de postes sont vacants ou si nous sommes bien face à une opération de communication du MEDEF, qui, à la veille de l’ouverture de négociations sur l’assurance chômage, préfère se cacher derrière les emplois vacants plutôt que de devoir augmenter les contributions des entreprises à l’assurance-chômage.

Une réforme de la formation professionnelle est à l’ordre du jour, avec l’objectif officiel de l’orienter davantage vers les demandeurs d’emploi…

Thierry Lepaon. Il faut réaffirmer que la formation professionnelle n’a jamais créé un seul emploi. C’est la croissance qui crée l’emploi. La formation, c’est un véhicule. Tout ce discours sert à faire croire que les privés d’emploi le sont parce qu’ils sont moins formés, moins qualifiés. C’est faux. Les études, y compris de Pôle emploi, le montrent.

Justement, pour la croissance, le gouvernement table sur l’effet du crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice) accordé aux entreprises.

Thierry Lepaon. Ce crédit, c’est 20 milliards d’€ qui viennent s’ajouter aux 180 milliards que perçoivent déjà les entreprises en termes d’aide à la création d’emplois, sans que personne ne puisse en évaluer l’efficacité. Ces 200 milliards, c’est l’ensemble des richesses créées par l’industrie. L’équivalent du PIB de l’industrie est redistribué en aides aux entreprises  ! Pour quel résultat  ? Mille chômeurs de plus par jour. Nous sommes passés d’une politique d’aides aux entreprises en difficultés à une politique de droit  : toutes les entreprises ont aujourd’hui droit à des aides, quelle que soit leur politique en matière de salaires et d’emploi. En la matière, ce gouvernement s’inscrit tout à fait dans la ligne de ses prédécesseurs. Et aucun moyen n’est mis en place pour mesurer le retour sur investissement. Jean-Marc Ayrault a annoncé, et c’était une demande de la CGT, la création d’un comité national de suivi pour le Cice  : nous allons pouvoir mesurer l’efficacité de 20 milliards d’aides publiques, alors qu’il y en a 200 milliards… Il faut une remise à plat de l’ensemble de ces aides.

La concertation sur la réforme des retraites commence le 4 juillet. Le gouvernement l’aborde avec une idée  : celle de résorber le déficit par le moyen selon lui " le plus juste", l’allongement de la durée de cotisation. Vous êtes en désaccord. Pourquoi  ?

Thierry Lepaon. En amont de la conférence sociale, dès que la commission d’experts présidée par Yannick Moreau a été missionnée, la CGT s’est beaucoup investie. Nous avons fait de nombreuses propositions pour régler les questions du financement et de la pérennité de notre système de retraite. Aucune ne figure dans le rapport Moreau  ! J’ai coutume de dire que, dans la boîte à outils de Yannick Moreau, il n’y a que deux outils, un marteau et une enclume et, entre les deux, les salariés et les retraités. La raison est simple  : ce gouvernement s’inscrit dans une stratégie dessinée par les précédents. Même discours, mêmes solutions. L’argument mécanique de l’allongement de la durée de vie se heurte à la réalité. Les Français vivent certes plus longtemps, mais la période de vie en bonne santé est de soixante-deux ans pour un homme, soixante-trois pour une femme. Ce n’est pas seulement la vieillesse qui rend malade, c’est aussi le travail. D’autre part, les employeurs, en pleine contradiction, nous disent qu’il faut travailler plus longtemps et refusent toute politique d’emploi des seniors. Dès qu’ils en ont l’occasion, ils basculent les salariés de plus de cinquante-six ans sur les caisses d’assurance chômage. Aujourd’hui, le dernier «  employeur  » d’un salarié sur deux, c’est Pôle emploi… Nous faisons d’autres propositions pour le financement du système  : la cotisation retraite ne doit pas être identique pour toutes les entreprises  ; elle peut être modulée. Nous proposons qu’un effort soit fait pour les entreprises qui embauchent, investissent, paient bien leurs salariés. Car, plus les salariés sont nombreux et plus leurs salaires sont élevés, plus les recettes sont importantes. D’ailleurs, le patronat le sait, mais il a fait du régime d’assurance privé la solution. La conséquence est dangereuse  : les jeunes générations ne font plus confiance au système.

Sans attendre le projet du gouvernement, la CGT a décidé d’une journée d’action à la rentrée. Avec quels objectifs  ?

Thierry Lepaon. Il y a besoin d’une irruption des salariés sur le terrain social. Le dialogue social est nécessaire, mais quand ça ne produit pas d’effets, il faut trouver une autre mécanique pour que le syndicalisme soit utile aux salariés. Et face à un gouvernement plus sensible aux positions du patronat qu’à celles des salariés, il faut agir. Nous avions proposé, il y a quelques semaines, à François Hollande d’ouvrir un grand débat national sur la question du travail  : est-il un coût ou une richesse  ? Il n’a pas jugé utile d’enclencher ce débat. Pourtant, le sujet divise les syndicats, les parlementaires et l’opinion publique. Dans ces conditions, nous avons jugé nécessaire de créer un processus de mobilisation à partir des préoccupations des salariés, de la manière la plus unitaire possible. L’unité est essentielle. Je ne considère pas qu’il y a d’un côté les " réformistes" et de l’autre les " révolutionnaires"  ; dans les entreprises, les salariés ne voient pas non plus les choses comme ça. Ils ont envie que les syndicats se mettent ensemble pour défendre l’emploi, les salaires et les retraites. Nous avons donc pris la décision, rarissime dans l’histoire de la CGT, d’organiser, dès la première semaine de septembre, quatre grands meetings nationaux suivis, la deuxième semaine de septembre, de grandes manifestations interprofessionnelles. La CGT doit être capable de fédérer les batailles sur l’emploi, les salaires et les retraites. Ce serait une erreur de s’enfermer sur le seul sujet des retraites, comme en 2010. Il faut s’attaquer au financement du système, et cela passe par les salaires et l’emploi, par une nouvelle répartition de la richesse.

Sur fond d’approfondissement de la crise sociale, on constate une poussée de l’extrême droite. Le monde du travail n’est pas épargné. Quelles réflexions cela vous inspire-t-il  ?

Thierry Lepaon. La CGT est le seul syndicat à avoir autant fait sur la question de la haine que portent les idées du FN. Avec des démonstrations concrètes, comme la lutte que nous avons menée pour les travailleurs sans papiers, sur les discriminations dans les entreprises. Nous faisons de la pédagogie, mais il y a aussi des actes concrets. Nos militants ont fait et font encore beaucoup. Ils ont le courage d’aller aux portes de l’entreprise mettre dehors les militants FN qui viennent distribuer leurs tracts. La poussée de l’extrême droite n’est pas seulement une question politique, mais aussi une question de rapport social. Nous avons intérêt, dans les syndicats, à en discuter. Nous avons décidé, lors de notre commission exécutive, de réactiver notre campagne contre les idées nauséabondes du FN. Dans le même temps, on ne peut pas demander au syndicalisme de régler les questions politiques. On mène le combat à la place qui est la nôtre, et les hommes politiques qui, aujourd’hui, jouent avec cette montée du Front national ont une responsabilité immense. Il y a ceux qui se sont fait élire sur un programme de gauche pour répondre aux attentes des salariés  : et il y a loin entre ce programme et ce qui est fait. Il y a ceux qui soufflent sur les braises pour opposer les salariés entre eux. Il y a beaucoup de désespoir et je vois un lien entre ce qui se passe sur le terrain politique, comme à Villeneuve-sur-Lot, et ce qui se passe dans les entreprises. La colère sociale monte et de nombreux salariés se sentent perdus, n’ont plus confiance ni en la droite ni en la gauche. Ils vont aller chercher ailleurs, et ailleurs, on sait que ça peut être le FN…

Promouvoir les alternatives Aujourd’hui, dans les nombreuses luttes que mènent les salariés pour sauver leurs emplois, nombre de projets alternatifs portés par les syndicats, et particulièrement par la CGT, sont mis sur la table, mais peu ou pas du tout pris en compte. Thierry Lepaon réaffirme, non seulement la nécessité d’une loi contre les licenciements boursiers, mais également celle de la création " d’un cadre législatif qui contraigne l’entreprise à examiner les solutions alternatives qui permettent un meilleur résultat social".

Entretien réalisé par Marion d’Allard et Yves Housson


Brève mise en ligne le 3 juillet 2013