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Clinique de l’Ormeau : "Les salariés ont le sentiment d’avoir abattu un colosse"

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Clinique de l’Ormeau : "Les salariés ont le sentiment d’avoir abattu un colosse"


Interview de François Dousseau, UD Hautes-Pyrénées

François Dousseau, secrétaire général de l’Union départementale des Hautes Pyrénées, a participé à la mobilisation des salariés de la clinique de l’Ormeau depuis le 8 novembre. Il détaille pour cgt.fr les péripéties d’un combat social homérique.

Peux-tu nous expliquer à quoi correspond cette augmentation du RAG (rémunération annuelle garanti) de 8,33% qu’ont réussi à arracher les syndicalistes de la clinique ?

La RAG est la rémunération annuelle garantie mensualisée. C’est un système de rattrapage car la grille est en-dessous du Smic. Ce système de rattrapage se traduit par un pourcentage par rapport au salaire. Il était à 5,7% et il passe à 8,33%. Cela fait une augmentation de 2,7%. La direction nous dit qu’il s’agit d’un treizième mois car 8,33%, cela représente l’équivalent d’un mois de salaire. Dans le protocole cette augmentation de la RAG s’applique au 1er janvier 2016, ce qui va donner lieu à une prime de rattrapage pour toute l’année 2016.

Il y a aussi une prime de 700€ ?

Oui c’est une prime pérenne de 700€ qui va s’appliquer à tous les salariés, quel que soit leur contrat de travail.

Quelles étaient les revendications des grévistes au début de la grève ?

Les grévistes demandaient une RAG à 8,33%, une prime de 1600€, et une évolution du point d’indice. La RAG à 8,33% est la revendication CGT dans la branche. Au fil du temps, les salariés ont revu leur revendication à la baisse. En plus, les salariés ont été confrontés à une direction qui n’a jamais voulu négocier. Cela a d’ailleurs déplu au pouvoir public, la direction était dans la manœuvre perpétuelle. Cela a desservi la direction, et a apporté du crédit aux salariés vis-à-vis des pouvoirs publics, et de certains élus locaux. Ce mouvement était très populaire car les salariés revendiquaient aussi une amélioration des conditions de travail pour mieux soigner. Ce qui n’était pas acté dans les mesures prises par la direction. Le matériel et les conditions de travail sont en dégradation constante depuis que le groupe a racheté cette clinique en 2015. D’ailleurs, les mauvaises conditions de travail ont été le déclencheur du mouvement de grève.

Qu’en est-il du point d’indice ?

Elle a été abandonnée, on a essayé de compenser en demandant une prime à 800€. Sur les 700€, les salariés se sont rangés à la proposition du médiateur. Mais jusqu’au dernier moment la direction n’a rien voulu lâcher. Elle a été jusqu’au-boutiste, malgré le report de 2500 opérations, qui auraient pu causer des pertes de chance pour les patients. C’est aussi pour cela que nous avons fait appel aux autorités sanitaires. Malheureusement le ministère de la Santé n’a quasiment pas réagi.

Concernant les conditions de travail, qu’est-ce qui a été satisfait ?

Les revendications sur les conditions de travail ont été totalement satisfaites. Sur le travail de nuit, il y avait des usages dans certains services, qui étaient de réaliser un travail de nuit de 33,60 heures par semaine en moyenne payées 35 heures. L’objectif de la direction était de ramener tout le monde à 35 heures. Mais dans le protocole d’accord tout le monde passe à 33,60 heures. Le temps de travail effectif de nuit est cantonné à 12 heures. Il y avait également une problématique sur les temps de pause. La direction voulait intégrer des temps de pause supplémentaires non rémunérés. Ce qui donnait lieu à la sortie à des plages horaires de travail de 12h40. Dans le protocole, les plages horaires sont de 12h30 qui sont rémunérées. La direction avait un grand projet pour les agents de service hospitaliers : elle voulait que les ASH soient regroupés dans un service commun pour en faire des agents hôteliers, un peu comme dans les hôtels, totalement déconnectés des services. Or, les ASH sont des éléments très importants dans les services, donc la direction est revenue sur ce projet. Il y a aussi la création de deux postes d’aides-soignants aux urgences. Une prime sera aussi versée sur la mobilité des agents. Sur l’accueil, l’ensemble des sites sont maintenus. Des pools de remplacement seront aussi pérennisés. Il y avait aussi la crainte de mutualiser les services. Je pense que la population les a suivis sur ces questions là. À l’occasion de manifestations sur Tarbes, il y a eu 1 200 personnes qui ont participé, plus de 1 000 personnes ont participé à un loto de soutien, une pétition a été signée par plus de 10 000 personnes, des concerts de soutien auxquels ont participé plus de 700 personne. Leur combat c’était une certaine idée de la santé.

Comment expliques-tu l’entêtement de la direction ?

On a face à nous des grands groupes qui voulaient faire un exemple en mettant à genou des salariés. Autre élément, nous sommes dans un processus de fusion. À Tarbes, la clinique de l’Ormeau est devenue incontournable pour de nombreuses pathologies. Cela met en avant la faiblesse de l’hôpital public. Ces grands groupes sont dans une situation, sur certaines spécialités, de monopoles privés. En plus, ils ont déconventionné en se permettant des augmentations très importantes des tarifs et forfaits, en inventant même des forfaits administratifs qui n’ont pas lieu d’être, à la limite de la légalité. Il faut aussi savoir que les groupes fusionnent, par exemple, le groupe Medipole partenaire est en train d’être racheté par Elsan. Il a donc fallu batailler contre l’actuel propriétaire mais aussi le futur propriétaire, car le rachat est quasiment acquis.

Il a fallu des interventions à très haut niveau pour que la situation se débloque ?

Nous avons beaucoup appuyé sur les élus locaux, qui ont été sensibles à la mobilisation de la population, à la situation sanitaire préoccupante. Ils se sont aussi offusqués du fait que le ministère de la Santé n’ait jamais pris le dossier en main. C’est donc remonté au cabinet du Premier ministre, qui a du reprendre le dossier, mais pour nous, ça a été beaucoup trop long. Il est inquiétant que l’on soit obligé de recourir au Premier ministre pour un dossier comme celui ci. C’est inquiétant pour l’état du dialogue social dans ce pays. Il a fallu qu’on envahisse l’ARS pour que la direction de l’agence commence à prendre quelques engagements, notamment sur les réquisitions. Pour le ministère de la Santé, c’était un conflit social et cela ne la regardait pas. Nous sommes troublés par le rôle que joue l’État, la BPI est quand même actionnaire du groupe à hauteur de 75 millions d’euros. Ce n’est pas un actionnaire majoritaire mais c’est le deuxième actionnaire du groupe. Il y a une filiale de la caisse des dépôts et consignations qui est en train de racheter les murs de différents groupes, Cades santé. Ils rachètent les murs pour en faire des loyers. L’État permet ainsi à ces groupes de dégager du cash ce qui leur assure leur croissance.

Quel est l’état d’esprit des salariés ?

Les salariés sont contents car ils ont le sentiment d’avoir fait plier un groupe. Le combat qu’ils ont mené est énorme. En même temps c’est une aberration dans un pays comme le notre où l’on nous dit que la loi travail doit servir à faciliter le dialogue social entreprise par entreprise. On voit bien là la limite de cette philosophie. Si tous les conflits entreprise par entreprise doivent se régler à Matignon, ils vont avoir du travail et Philippe Martinez risque d’avoir un surplus de travail s’il doit s’impliquer comme cela personnellement ! Les salariés ont l’impression d’avoir abattu un colosse, des fonds de pension ou d’investissement qui sont derrière tout ça. Ils ne viennent pas dans la santé pour défendre un objectif social, ils cherchent des rendements à deux chiffres pour alimenter les fonds de pension, quitte à user de fraudes ou d’optimisation fiscale. En tant que syndicaliste, je peux dire qu’ils ont mené un combat exemplaire avec un courage invraisemblable, une lucidité une maturité étonnante lors des assemblées générales. Ils ont toujours eu à cœur de préserver leur cohésion, notamment sur trois points de blocage qui ne concernaient que certaines catégories de salariés. Majoritairement ils ont tenu bon. C’est remarquable et bluffant à voir.


Brève mise en ligne le 11 janvier 2017